ourquoi êtes-vous un militant convaincu de l'hydrogène, auquel vous consacrez l'essentiel de votre action depuis 2002 ?
Pour développer les énergies renouvelables, il faudra qu'on puisse stocker l'électricité qu'elles produisent. L'hydrogène est le moyen idéal pour cela. Et c'est aussi le moyen de permettre aux gens de produire leur propre électricité. Les grandes transformations économiques surviennent quand les sociétés changent leur régime énergétique et le système de communication qui organise ce régime. Par exemple, l'Egypte et Sumer, avec l'irrigation, ont développé une agriculture à grande échelle - c'était un nouveau régime de transformation de l'énergie du soleil par la photosynthèse. Cela impliquait de nouveaux outils de communication pour gérer le système hydraulique, ce qui a été permis par l'écriture. Une autre grande étape a été, après l'invention de l'imprimerie, le moment où James Watt a inventé la machine à vapeur, qui a conduit au raccourcissement du temps et des distances. Au début du XXe siècle, l'électricité et le téléphone ont permis d'organiser la deuxième révolution industrielle autour du moteur à combustion et des autoroutes.
Nous entrons dans la troisième révolution industrielle, définie par une énergie distribuée, articulant une économie post-carbone avec le système d'information décentralisé d'Internet.
Quelle forme aurait-elle ?
Nous devons imaginer dans une vingtaine d'années des millions de piles à combustible présentes dans les ordinateurs portables, les téléphones mobiles, les lecteurs MP3. Imaginer chaque maison, chaque usine, chaque parking, chaque magasin avec sa propre capacité de production électrique à base d'hydrogène. Celui-ci proviendrait des énergies renouvelables distribuées partout - toits solaires, éoliennes, récupération de l'énergie des déchets.
Pourtant, l'hydrogène semble avoir disparu des débats...
C'est un effet médiatique, mais tout continue derrière les écrans. IBM a un programme appelé Smart Grid qu'il teste en Oregon et dans l'Etat de Washington, PGNA l'expérimente en Californie, IMBW, troisième compagnie de production d'électricité en Allemagne, l'essaie de son côté, Toyota annonce une voiture hybride-hydrogène pour 2012. On commence déjà à avoir des petits ordinateurs dotés d'une pile à combustible. Tout cela n'est pas du rêve, c'est de l'argent : de nombreux programmes de recherche sont engagés sur ces thèmes.
Mais, pour l'instant, les énergies renouvelables sont marginales. Le principal moyen de produire l'hydrogène n'est-il pas le nucléaire ?
Le nucléaire est une énergie du passé. D'abord, il est très cher. Deuxièmement, on n'a toujours pas de solution pour les déchets. Troisièmement, on devrait connaître entre 2025 et 2035 un déficit d'uranium. Quatrièmement, si l'on voulait réduire les émissions de carbone avec le nucléaire, il faudrait construire des milliers de réacteurs.
Qu'en serait-il du terrorisme avec ces énormes quantités de matériel radioactif déplacées sans arrêt ? Enfin, le nucléaire est une énergie centralisée : ces technologies, gérées par une élite au sommet, ne correspondent pas à la sensibilité du XXIe siècle.
En revanche, le charbon est largement disponible et économique.
Je suis plus préoccupé par le charbon que par le nucléaire. Il répond à la demande actuelle de nouvelles centrales, et, avec la possibilité de séquestrer le carbone sous terre, il pourrait se faire accepter. Mais les expérimentations actuelles ne livreront pas leurs résultats avant 2015-2020. De plus, le procédé est extrêmement coûteux. Et même si c'était possible, comment garantir que les quantités énormes de CO2 enfouies sous terre ou sous les océans ne vont jamais fuir vers l'atmosphère ?
Mais le charbon est largement disponible en Inde et en Chine, qui revendiquent le droit à se développer.
Ces pays abritent des régions très vastes, bien adaptées aux énergies renouvelables. Leur problème est d'amener les campagnes au niveau économique des villes: si une classe moyenne émerge, une masse énorme de gens sont marginalisés. Ils ne pourront pas survivre avec le vieux système énergétique, parce que l'énergie va coûter de plus en plus cher. Si l'Inde et la Chine ne trouvent pas d'autres sources d'énergie, ils risquent d'être marginalisés. Il nous faut résolument avancer en Californie et en Europe, pour créer un standard et montrer à ces pays que ce n'est pas seulement l'énergie qui est en cause, mais une troisième révolution industrielle qui est en marche.
Propos recueillis par Hervé Kempf
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